Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/197

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continua-t-il en le regardant avec envie, mais j’aurai celle-la. Et il enfonça son pied crochu dans la gorge du cadavre.

X

Et plusieurs siècles se passèrent.

La terre dormait d’un sommeil léthargique, point de bruit à sa surface, et l’on n’entendait que les eaux de l’océan qui se brisaient en écumant ; elles étaient furieuses, montaient dans l’air en tourbillonnant, et le rivage remuait à leurs secousses comme entre les mains d’un géant. Une pluie fine et abondante obscurcissait la lumière douteuse de la lune, le vent cassait la Forêt, et les cieux pliaient sous leur soullle comme le roseau a la brise du lac. Il y avait dans l’air comme un bruit étrange de larmes et de sanglots, on eût dit le râle d’un monde. Et une voix s’éleva de la terre et dit : — Assez ! assez ! j’ai tro longtemps souffert et ployè les reins, assez ! Oh ! grgce ! ne crèe point d’autre monde ! Et une voix douce, pure, mélodieuse comme la voix des anges, s’abattit sur la terre et dit : — Non ! non ! clest pour l’èternitè, il n’y aura plus d’autre monde !