Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/22

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aux rêves de sang ; Marguerite, la reine de France.

Ce jour-là, elle avait demandé en grâce qu’on lui permît de regarder plus longtemps à travers les barreaux de sa cellule ; elle avait demandé à prendre l’air plus longtemps, comme si elle eût voulu en prendre pour l’éternité. Plusieurs fois la main du geôlier s’avança pour fermer le volet.

— Encore cinq minutes, disait-elle d’une voix tendre et suppliante.

Et le geôlier avait soin d’aller chez lui, de retourner son sablier, ayant compté le temps qu’il avait mis à venir et celui qu’il mettrait à retourner au cachot ; puis il revenait de nouveau.

Enfin elle vit un cavalier qui s’avançait au galop, et rentra dans sa chambre en pensant à ce que pouvait être cet homme qui se dirigeait en toute hâte vers la porte du donjon.

Peu de temps, après la porte du cachot roula sur ses gonds, et un homme se présenta. Il s’arrêta debout sur le seuil de la porte.

— Quoi, c’est vous ! lui dit Marguerite, vous, vous encore ici, Lyonnet ! Oh ! Lyonnet, il faut que tu sois mon démon pour me poursuivre ainsi jusque dans ma prison, pour m’accabler jusque dans mon cercueil.

Et elle se prit a rire amèrement :

— Écoute, Marguerite, tous les deux nous voulions un sceptre pour appui, et un peuple pour esclave. Eh bien, Marguerite, toi tu as tué ton père et tu es reine de France ; moi je n’ai tué personne et je ne suis rien.

— Tu m’accuses de la mort de mon père, Lyonnet, tandis que c’est toi, au contraire, toi qui a pris le poignard.

— Oui, cela est juste.

— D’où vient que tu me poursuis toujours ?

— C’est que, vois-tu, Marguerite, en commençant à t’aimer j’avais aimé une enfant pure et candide, et