Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/230

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comme eux ? Pourquoi le ciel ne l’avait-il pas fait cygne, oiseau, quel ne chose de léger, qui chante et qu’on aime ? ou plutôt que n’était-il le néant ? « Pourquoi, disait-il en f’isant courir une pierre du bout de son pied, pourquoi ne suis-je pas comme cela ? je la frappe, elle court et ne souffre pas ! » Alors il sauta dans la barque, détacha la chaîne, prit les rames et alla aborder de l’autre côté, dans la prairie qui commençait à se parsemer de bestiaux.

Après quelques instants il revint vers le château, les domestiques avaient déjà ouvert les fenêtres et rangé le salon, la table était mise, car il était prés de neuf heures, tant la promenade de Djalioh avait été lente et longue.

Le temps passe vite dans la joie, vite aussi dans les larmes, et ce vieillard court toujours sans prendre haleine.

Cours vite, marche sans relâche, fauche et abats sans pitié, vieille chose à cheveux blancs ; marche et cours toujours, traîne ta misère, toi qui es condamné à vivre, et mène-nous bien vite dans la fosse commune où tu jettes ainsi tout ce qui barre ton chemin !

VII

Après le déjeuner, la promenade, car le soleil perçant les nuages commençait à se montrer.

Les dames voulurent se promener en barque, la fraîcheur de l’eau les délasserait de leurs fatigues de la nuit.

La société se divisa en trois bandes. Dans la même étaient Paul, Djalioh et Adèle. Elle avait l’air fatigué et le teint pâle, sa robe était de mousseline bleue avec des fleurs blanches, elle était plus belle que jamais. Adèle accompagna son époux, par sentiment des convenances. Djalioh ne comprit pas cela ; autant son âme