Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/234

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pentes et au bruit des roues qui allaient lentement dans les grandes ornières creusées par la pluie, et les pieds des chevaux enfonçaient en glissant dans la boue ; une glace ouverte derrière Djalioh donnait de l’air dans la voiture, et le vent soufflait sur ses épaules et dans son cou.

Tous laissaient aller leurs têtes sommeillantes au mouvement de la calèche, Djalioh seul ne dormait pas et la tenait baissée sur sa poitrine.

IX

On était aux premiers jours du mois de mai, il était alors, je crois, sept heures du matin, le soleil se levait et illuminait de sa splendeur tout Paris, qui s’éveillait par un beau jour de printemps.

Mme Paul de Monville s’était levée de bonne heure et s’était retirée dans un salon pour y terminer bien vite, avant l’heure du bain, du déjeuner et de la promenade, un roman de Balzac.

La rue qu’habitaient les mariés était dans le faubourg Saint-Germain, déserte, large et toute couverte de l’ombre que jetaient les grands murs, les hôtels hauts et élevés et les jardins qui se prolongeaient avec leurs acacias, leurs tilleuls, dont les touffes, épaisses et frémissantes, retombaient par-dessus les murs où les brins d’herbes perçaient entre les pierres. Rarement on entendait du bruit, si ce n’est celui de quelque équipage roulant sur le pavé avec ses deux chevaux blancs, ou bien encore, la nuit, celui de la jeunesse, revenant d’une orgie ou d’un spectacle avec quelques ribaudes aux seins nus, aux yeux rougis, aux vêtements déchirés.

C’était dans un de ces hôtels qu’habitait Djalioh avec M. Paul et sa femme, et depuis bientôt deux ans il s’était passé bien des choses dans son âme, et les