Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/244

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logie, au magnétisme et que Mazza avait trente ans, et qu’elle était toujours pure et fidèle à son mari, repoussant tous les désirs qui naissaient chaque jour en son âme et qui mouraient le lendemain ; qu’elle était mariée à un banquier, et que la passion dans les bras de cet homme-là était un devoir pour elle, rien de plus, comme de surveiller ses domestiques et habiller ses enfants.

II


Longtemps elle se complut dans cet état de service amoureux et à demi mystique, la nouveauté du plaisir lui plaisait, et elle joua longtemps avec cet amour, plus longtemps qu’avec les autres, et elle finit par s’y prendre fortement, d’abord d’habitude, puis de besoin. Il est dangereux de rire et de jouer avec le cœur, car la passion est une arme à feu qui part et vous tue lorsqu’on la croyait sans péril.

Un jour Ernest vint de bonne heure chez Mme Willer ; son mari était à la Bourse, ses enfants étaient sortis, il se trouva seul avec elle. Tout le jour, il resta chez elle, et le soir, vers les cinq heures, quand il en sortit, Mazza fut triste, rêveuse, et de toute la nuit elle ne dormit pas.

Ils étaient restés longtemps, bien des heures, à causer, à se dire qu’ils s’aimaient, à parler de poésie, à s’entretenir d’amour large et fort comme on en voit dans Byron, et puis à se plaindre des exigences sociales qui les attachaient l’un à l’autre et qui les séparaient pour la vie ; et puis ils avaient causé des peines du cœur, de la vie et de la mort, de la nature, de l’océan qui mugissait dans les nuits ; enfin ils avaient compris le monde, leur passion, et leurs regards s’étaient même plus parlé que leurs lèvres qui se touchèrent si souvent.

C’était un jour du mois de mars, une de ces longues