Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/404

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Oh ! la pensée, autre océan sans limites ; c’est le déluge d’Ovide, une mer sans bornes, où la tempête est la vie de l’existence.

III

Souvent je me suis demandé pourquoi je vivais, ce que j’étais venu faire au monde, et je n’ai trouvé là dedans qu’un abîme derrière moi, un abîme devant ; à droite, à gauche, en haut, en bas, partout des ténèbres.

IV

La vie de l’homme est comme une malédiction partie de la poitrine d’un géant, et qui va se briser de rochers en rochers en mourant à chaque vibration qui retentit dans les airs.

V

On a souvent parlé de la Providence et de la bonté céleste ; je ne vois guère de raisons d’y croire. Le Dieu qui s’amuserait à tenter les hommes pour voir jusqu’où ils peuvent souffrir, ne serait-il pas aussi cruellement stupide qu’un enfant qui, sachant que le hanneton va mourir, lui arrache d’abord les ailes, puis les pattes, puis la tête ?

VI

La vanité, selon moi, est le fond de toutes les actions des hommes. Quand j’avais parlé, agi, fait n’importe quel acte de ma vie, et que j’analysais mes paroles ou mes actions, je trouvais toujours cette vieille folle nichée dans mon cœur ou dans mon esprit. Bien des hommes sont comme moi, peu ont la même franchise.

Cette dernière réflexion peut être vraie, la vanité me l’a fait écrire, la vanité de ne pas paraître vain me la ferait peut-être ôter.