Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/406

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ANGOISSES.


I

À quoi bon faire ceci ? à rien. Car à quoi bon apprendre la vérité quand elle est triste ? à quoi bon venir pleurer au milieu des rires, gémir dans un banquet joyeux, et jeter le suaire des morts sur la robe de la fiancée

II

Oh ! oui, pourtant, laissez-moi vous dire combien mon âme a de blessures saignantes ; laissez-moi vous dire combien mes larmes ont creusé mes joues.

III

— Eh quoi ? tu ne crois à rien ?

— Non.

— Pas à la Gloire ?

— Regarde l’envie.

— Pas à la générosité ?

— Et l’avarice ?

— Pas à la liberté ?

— Tu ne t’aperçois donc pas du despotisme qui fait courber le cou du peuple ?

— Pas à l’amour ?

— Et la prostitution ?

— Pas à l’immortalité ?

— En moins d’un an les vers déchirent un cadavre, puis c’est la poussière, puis le néant ; après le néant… le néant, et c’est tout ce qu’il en reste.

IV

L’autre jour, on exhumait un cadavre, on transportait les morceaux d’un homme illustre dans un autre