Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/413

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Et au milieu de son chemin, voilà que se présente tout à coup à ses yeux une énorme pierre. Or c’était dans un sentier escarpé, couvert de ronces et d’épines.

Il fallait donc ou rouler cette pierre jusqu’au haut de la montagne, ou tâcher d’escalader cette roche, ou bien encore attendre jusqu’au matin pour voir s’il n’arriverait pas d’autres voyageurs qui voulussent l’aider.

Mais il avait tellement faim, la soif le tourmentait si cruellement qu’il résolut de faire tous ses efforts pour faire en sorte d’arriver à la hutte la plus voisine, qui était encore à quatre milles de là ; il se mit donc à s’aider des pieds et des mains pour monter en haut de la roche.

Il suait à grosses gouttes, ses bras se contractaient avec vigueur et ses mains saisissaient convulsivement chaque brin d’herbe qui s’offrait à lui ; mais l’herbe manquait et il retombait découragé. Plusieurs fois il renouvela ses efforts, ce fut en vain.

Et toujours il retombait plus faible, plus harassé, plus désespéré ; il maudissait Dieu et blasphémait ; enfin il tenta une dernière fois. Cette fois il réunit toutes les forces dont il était capable ; après une prière à Dieu, il monta.

Oh ! quelle était humble, sublime, tendre, cette courte prière ! N’allez pas croire qu’il récita quelque chose qu’une nourrice lui ait apprise dans son enfance ; du tout, ses paroles, c’était des larmes, et ses signes de croix ses soupirs. Il monta donc, bien résolu à se laisser mourir de faim s’il ne réussissait pas.

Le voilà en route, il monte, il avance, il lui semble qu’une main protectrice l’attire vers le sommet, il lui semble voir sourire la face de quelque ange qui l’appelle à lui, puis tout à coup tout change ; c’est comme une vision effroyable qui s’empare de ses sens, il entend le sifflement d’un serpent qui glisse sur la pierre