Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/417

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


géant était grand à son lit de mort ! qu’il était grand sur son trône ! qu’il est grand chez le peuple !

Et qu’est-ce que tout cela, un lit de mort, une tombe, un trône, un peuple ? Quelque chose qui fait rire Satan. Rien ! Rien ! toujours le néant ! Et pourtant c’était Napoléon, le plus malheureux des rois, le plus grand des hommes. Eh bien oui, c’est cela, que l’habit aille à la taille de chacun : la misère aux peuples, le malheur aux rois.

XVI

Ah ! le malheur ! le malheur ! voilà un mot qui règne sur l’homme, comme la fatalité sur les siècles et les révolutions sur la civilisation.

XVII

Et qu’est-ce que c’est qu’une révolution ? un souffle d’air qui ride l’océan, s’en va et laisse la mer agitée.

XVIII

Et qu’est-ce que c’est qu’un siècle ? une minute dans la nuit.

XIX

Et qu’est-ce que le malheur ? la vie.

XX

Qu’est-ce qu’un mot ? rien ; c’est comme la réalité, une durée.

XXI

Qu’est-ce que l’homme ? ah ! qu’est-ce que l’homme ? qu’en sais-je, moi ? Allez demander à un fantôme ce qu’il est ; il vous répondra, s’il vous répond : je suis l’ombre d’un tel. Eh bien, l’homme c’est l’image du Dieu. Duquel ? c’est de celui qui gouverne. Est-il fils