Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/418

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du Bien, du Mal ou du Néant ? choisissez des trois, c’est une trinité.

XXII

Et dans le temps que j’étais jeune et pur, que je croyais à Dieu, à l’amour, au bonheur, à l’avenir, à la patrie ; dans le temps que mon cœur bondissait au mot : liberté ! alors — oh ! que Dieu soit maudit par ses créatures ! — alors Satan m’apparut et me dit : viens, viens à moi ; tu as de l’ambition au cœur et de la poésie dans l’âme, viens, je te montrerai mon monde, mon royaume à moi.

Et il m’emmena avec lui et je planais dans les airs comme l’aigle qui se berce dans les nuages.

Et voilà que nous arrivâmes en Europe.

Là, il me montra des savants, des hommes de lettres, des femmes, des fats, des bourreaux, des rois, des prêtres, des peuples et des sages ; ceux-là étaient les plus fous.

Et je vis un frère qui tuait son frère, une mère qui prostituait sa fille, des écrivains qui trompaient le peuple, des prêtres qui trahissaient les fidèles, la peste qui mange les nations, et la guerre qui moissonne les hommes ; là, c’était un intrigant qui rampait dans la boue, arrivait jusqu’aux pieds des grands, leur mordait le talon ; ils tombaient, et alors il tressaillait de joie de la chute qu’avait faite cette tête en tombant dans la boue.

Là, un roi savourait ses sales débauches dans la couche d’infamie où de père en fils ils reçoivent des leçons d’adultère.
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Ce manuscrit est inachevé.

Cette dernière page est presque littéralement le conte littéraire paru dans le journal du lycée de Rouen, Art et Progrès, et intitulé : Voyage en Enfer. (Voir p. 3.)