Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/49

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IV
À VENDRE.


Deux cents sequins d’or dans cette

bourse pour vous ! et demain matin le

double, si vous faites bien tout ce que

je vais vous dire.

Victor Hugo, Angelo.


Il y avait longtemps alors que le cadavre de Monseigneur de Bocherville dormait sous son lit funéraire, il y avait longtemps qu’Isabeau avait pleuré, il y avait longtemps qu’elle avait pensé à lui.

Dans une maison sale, petite et encombrée de la rue des Innocents, là, dis-je, il se passait d’étranges choses. Il n’y avait d’autre entrée, et d’autre issue qu’une échelle qui conduisait au premier de cette singulière baraque.

Or c’était là le club des Armagnacs. Une lampe était suspendue au milieu, jetait une clarté vacillante et incertaine dans la salle, et autour d’une table ronde étaient rangés des hommes armés, assis sur des bancs ; tous étaient silencieux. L’un regardait avec préoccupation sa dague ; l’autre, le coude appuyé et la joue dans sa main, s’amusait à écarter avec la pointe de son épée la mèche de la lampe ; les uns jouaient aux cartes, ce qui prouvait qu’ils étaient gens de cour et blasonnés, car ce jeu, tout nouvellement inventé, n’était encore connu que des gens de la suite du roi ; les autres faisaient résonner la salle de leurs vociférations, et les plus paisibles vidaient tranquillement leurs coupes sans cesse vidées et aussitôt remplies. Pourtant là dedans, qui l’eût dit ? il y avait un sceptre qui devait commander, une gloire briller, une fleur de lis s’épanouir.

— Eh bien ? est-ce pour cela que nous nous sommes assemblés, messieurs ? dit une voix forte qui s’éleva comme un coup de tonnerre, c’était Tanneguy Duchatel,