Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/519

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sures plantés de pommiers où l’herbe était haute et mouillée ; un brouillard ensevelissait la ville et, du haut de notre colline, nous voyions les toits entassés et rapprochés couverts de neige, et puis le silence de la campagne, et au loin le bruit éloigné des pas d’une vache ou d’un cheval dont le pied s’enfonce dans les ornières.

En passant par une barrière peinte en blanc, son manteau s’accrocha aux épines de la haie, j’allai le détacher ; elle me dit : merci, avec tant de grâce et de laisser-aller que j’en rêvai tout le jour.

Puis elles se mirent à courir et leurs manteaux, que le vent levait derrière elles, flottaient en ondulant comme un flot qui descend ; elles s’arrêtèrent essoufflées. Je me rappelle encore leurs haleines qui bruissaient à mes oreilles et qui partaient d’entre leurs dents blanches en vaporeuse fumée.

Pauvre fille ! Elle était si bonne et m’embrassait avec tant de naïveté !

Les vacances de Pâques arrivèrent. Nous allâmes les passer à la campagne. Je me rappelle un jour, il faisait chaud sa ceinture était égarée, sa robe était sans taille ; nous nous promenâmes ensemble, foulant la rosée des herbes et des fleurs d’avril. Elle avait un livre à la main, c’étaient des vers, je crois ; elle le laissa tomber. Notre promenade continua.

Elle avait couru, je l’embrassai sur le cou, mes lèvres y restèrent collées sur cette peau satinée et mouillée d’une sueur embaumante.

Je ne sais de quoi nous parlâmes, des premières choses venues.

— Voilà que tu vas devenir bête, dit un des auditeurs en m’interrompant.

— D’accord, mon cher, le cœur est stupide.

L’après-midi, j’avais le cœur rempli d’une joie douce et vague ; je rêvais délicieusement en pensant à ses cheveux papillotés qui encadraient ses yeux vifs,