Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/52

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sanglante bataille, le siège le plus acharné, les plus larges blessures que ce que j’éprouve maintenant.

— Et pourquoi ?

— Pourquoi ? je n’en sais rien, quelque surprise par hasard.

— Une surprise ? et le visage de la dame changea, oh ! non, ne craignez rien, allez-y donc ; vous perdriez votre nom de Jean sans Peur.

— Oh ! Jean sans Peur, c’était jadis ; maintenant il est mort.

— Mort ! que voulez-vous dire ?

— Je veux dire qu’il le sera bientôt.

— Chassez toutes ces idées lugubres, montez sur votre jument noire. Allons ! ne l’entendez-vous pas piaffer et hennir d’impatience ? tous vos gens sont là dans la cour, à vous attendre. Partez donc, qu’on ne dise pas que vous êtes un homme sans foi et sans courage.

— Eh bien oui, je pars, adieu.

— Adieu, dit Henriette en soupirant, adieu ! revenez bientôt.

À peine la porte fut-elle fermée qu’elle voulut se précipiter vers lui pour l’avertir du péril qu’il courait, mais elle se ressouvint de la promesse faite à Tanneguy.

Quand elle vit le duc à cheval et sautant le seuil, oh ! alors elle ne put résister, elle s’élança sur son balcon et le pria de venir lui parler.

— Prenez bien garde à vous, dit-elle.

Et le duc et sa suite sortirent au galop.

Au bout de cinq minutes, quand elle n’entendit plus le pas des chevaux sur fa poussière, quand elle ne vit plus les plumes bleues et rouges du duc flotter au loin, elle se prit à pleurer.

— Eh bien, non, dit-elle tout à coup, non, je veux lui sauver la vie.

Aussitôt elle appela en criant un de ses pages.