Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/524

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dont on n’a jamais entendu parler ; Caroline se maria au mois de janvier. Un jour je la rencontrai avec son mari, à peine si elle me salua.

Sa mère a changé de logement et de manière, elle reçoit maintenant chez elle des garçons tailleurs et des étudiants, elle va aux bals masqués et y mène sa jeune fille.

Il y a dix-huit mois que nous ne les avons vus.

Voilà comment finit cette liaison qui promettait peut-être une passion avec l’âge, mais qui se dénoua d’elle-même.

Est-il besoin de dire que cela avait été à l’amour ce que le crépuscule est au grand jour, et que le regard de Maria fit évanouir le souvenir de cette pâle enfant ?

C’est un petit feu qui n’est plus que de la cendre froide.


XVI



Cette page est courte, je voudrais qu’elle le fût davantage. Voici le fait.

La vanité me poussa à l’amour, non, à la volupté ; pas même à cela, à la chair.

On me raillait de ma chastet, j’en rougissais, elle me faisait honte, elle me pesait comme si elle eût été de la corruption.

Une femme se présenta à moi, je la pris ; et je sortis de ses bras plein de dégoût et d’amertume. Mais, alors, je pouvais faire le Lovelace d’estaminet, dire autant d’obscénités qu’un autre autour d’un bol de punch ; j’étais un homme alors, j’avais été comme un devoir faire du vice, et puis je m’en étais vanté. J’avais quinze ans, je parlais de femmes et de maîtresses.

Cette femme-là, je la pris en haine ; elle venait à moi, je la laissais ; elle faisait des frais de sourire qui me dégoûtaient comme une grimace hideuse.