Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/525

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J’eus des remords, comme si l’amour de Maria eût été une religion que j’eusse profanée.


XVII



Je me demandais si c’était bien là les délices que j’avais rêvés, ces transports de feu que je m’étais imaginés dans la virginité de ce cœur tendre et enfant.

Est-ce là tout ? est-ce qu’après cette froide jouissance, il ne doit pas y en avoir une autre, plus sublime, plus large, quelque chose de divin et qui fasse tomber en extase ? Oh ! non, tout était fini, j’avais été éteindre dans la boue ce feu sacré de mon âme. Oh ! Maria, j’avais été traîner dans la fange l’amour que ton regard avait créé, je l’avais gaspillé à plaisir, à la première femme venue, sans amour, sans désir, poussé par une vanité d’enfant, par un calcul d’orgueil, pour ne plus rougir à la licence, pour faire une bonne contenance dans une orgie. Pauvre Maria ! J’étais lassé, un dégoût profond me prit à l’âme, j’eus en pitié ces joies d’un moment, et ces convulsions de la chair. Il fallait que je fusse bien misérable, moi qui étais si fier de cet amour si haut, de cette passion sublime, et qui regardais mon cœur comme plus large et plus beau que ceux des autres hommes ; moi, aller comme eux !… Oh ! non, pas un d’eux peut-être ne l’a fait pour les mêmes motifs, presque tous y ont été poussés par les sens, ils ont obéi comme le chien à l’instinct de la nature ; mais il y avait bien plus de dégradation à en faire un calcul, à s’exciter à la corruption, à aller se jeter dans les bras d’une femme, à manier sa chair, à se vautrer dans le ruisseau, pour se relever et montrer ses souillures.

Et puis j’en eus honte comme d’une lâche profanation ; j’aurais voulu cacher à mes propres yeux l’ignominie dont je m’étais vanté.