Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/64

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non, monseigneur Olivarès, veillez à ceci, c’est votre mission ; il n’a jamais de chapelet, ne porte aucune reli ue. Oh ! sur mon âme, c’est un hérétique. il prononça encore quelques mots, mais si bas que les deux courtisans ne purent les entendre. — J’ai une idée utile à l’État, dit Gomès, je l’indiquerai à Sa Grâce quand il sera temps. I

— Vous pouvez d’ici, mon père, voir à quoi il s’occupe dans sa chambre, c’est don Ruy qui m’a indiqué ce moyen, je l’en remercie sincèrement. Il ôta le crucifix, mit le doigt sur un bouton, et tout à coup une planche se retira laissant voir une petite porte dont il ôta encore deux plaques de f’er, et °on vit, à l’aide d’une large vitre pratiquée dans la muraille, la chambre de l’lnf’ant d’Espagne. Elle était rande et lambrissée, le plafond en était noir, et en ggnéral, elle avait l’apparence de la vétusté et de la misère ; le lit était couvert avec des rideaux rouges, mais la Fenêtre n’en avait point. Sur les murs on voyait accrochée une énorme quantité d’armes de toutes espèces, de piques, de sabres tartares, d’épèes, de poignards, de flèches et de stylets ; la porte était fermée avec une barre de f’er, des chaînes et des verrous, on eût dit la demeure d’un homme qui craint quel ne trahison.

Le personnage quichabitait cet appartement était d’une taille ordinaire, il avait de jolis cheveux noirs bouclés qui lui tombaient sur les épaules, ses membres étaient vigoureux et bien proportionnés, sa taille était celle d’un homme de vingt ans ; mais si vous eussiez vu ses joues creuses, ses yeux bleus si tristes et si mélancoliques, ce front chargé de rides, vous eussiez dit : C’est un vieillard.

Il y avait dans son regard tant de tristesse et d’amertume, son f’ront était si pâle et sillonné de tant de rides prématurées que l’on voyait sans peine que cet homme avait souffert des douleurs atroces et inouïes.