Page:Gustave Flaubert - Œuvres de jeunesse, I.djvu/99

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jalousie ; à Dieu qu’elle avait imploré tant de f’ois, les genoux sur le pavé, les larmes aux yeux, à Dieu qui n’écouta pas ses prières, elle donna l’impiété ; à la nature qui l’avait maltraitée, le mépris. Aussi uand elle voyait des gens riches, heureux, estimés, illont on prenait soin, elle leur souhaitait les calamités les plus grandes ; elle riait des prières des pauvres, de leurs vœux, de leurs reliques, et en passant elle crachait sur le seuil des églises. Quand elle voyait une Femme gracieuse, au doux sourire, aux yeux tendres et langoureux, aux cheveux de jais, au cou d’albâtre, elle se moquait de la f’oule qui l’admirait, elle disait : «Q n’aurait-il f’allu pour qu’elle f’ût comme moi ? des cheveux d’une autre couleur, des yeux plus petits, une taille moins bien faite, et elle serait comme Marguerite ! Si son mari ne l’avait point aimée, l’avait méprisée, l’avait battue, elle serait laide, méprisée comme Marguerite l ».

C’est dans ces pensées-là qu’elle était alors, puis peu à peu elle s’assoupit ; elle dormait, le coude appuyé sur la table, la joue dans la main, et la chandelle brûlait toujours.

IX

Le lendemain elle f’ut réveillée par la voix d’Ernesto qui se disputait avec lsabellada ; elle se mit à les écouter.

— Pourquoi me l’avez-vous prise ? n’était-ce pas à moi ? je veux la ravoir !

Marguerite s’habilla à la hâte, se cacha derrière la voiture aux animaux, et les regarda sans rien dire. Elle vit la sœur d’lsambart qui tenait la couverture d’un de ses enf’ants et qui ne voulait as lui rendre. Elle avait déjà bien d’autres motills) our haïr cette femme, sans que celui-ci vint s’y joinchre encore ; elle ne put supporter plus longtemps cette vue, elle Sauta 7-