Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/130

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à mesure qu’elles s’élèvent, forment une monstrueuse pyramide. On distingue en bas une grande masse noire, — la ville, sans doute, — étalée dans les plaines. L’air est froid, le ciel d’un bleu sombre ; des étoiles en quantité palpitent.
Au milieu de la plate-forme, se dresse une colonne de pierre blanche. Des prêtres en robes de lin passent et reviennent tout autour, de manière à décrire par leurs évolutions un cercle en mouvement ; et, la tête levée, ils contemplent les astres.
Hilarion
en désigne plusieurs à saint Antoine.

Il y en a trente principaux. Quinze regardent le dessus de la terre, quinze le dessous. À des intervalles réguliers, un d’eux s’élance des régions supérieures vers celles d’en bas, tandis qu’un autre abandonne les inférieures pour monter vers les sublimes.

Des sept planètes, deux sont bienfaisantes, deux mauvaises, trois ambiguës ; tout dépend, dans le monde, de ces feux éternels. D’après leur position et leur mouvement on peut tirer des présages ; — et tu foules l’endroit le plus respectable de la terre. Pythagore et Zoroastre s’y sont rencontrés. Voilà douze mille ans que ces hommes observent le ciel, pour mieux connaître les dieux.

Antoine.

Les astres ne sont pas dieux.

Hilarion.

Oui ! disent-ils ; car les choses passent autour de nous ; le ciel, comme l’éternité, reste immuable !