Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/132

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Et on entend des baisers sous les feuillages, — quelquefois un grand cri aigu.
Hilarion.

Ce sont les vierges de Babylone qui se prostituent à la déesse.

Antoine.

Quelle déesse ?

Hilarion.

La voilà !

Et il lui fait voir, tout au fond de l’avenue, sur le seuil d’une grotte illuminée, un bloc de pierre représentant l’organe sexuel d’une femme.
Antoine.

Ignominie ! quelle abomination de donner un sexe à Dieu !

Hilarion.

Tu l’imagines bien comme une personne vivante !

Antoine se retrouve dans les ténèbres.
Il aperçoit, en l’air, un cercle lumineux, posé sur des ailes horizontales.
Cette espèce d’anneau entoure, comme une ceinture trop lâche, la taille d’un petit homme coiffé d’une mitre, portant une couronne à sa main, et dont la partie inférieure du corps disparaît sous de grandes plumes étalées en jupon.
C’est
Ormuz
le dieu des perses.
Il voltige en criant :

j’ai peur ! J’entrevois sa gueule.