Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/133

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Je t’avais vaincu, Ahriman ! Mais tu recommences !

D’abord, te révoltant contre moi, tu as fait périr l’aîné de créatures Kaiomortz, l’homme-taureau. Puis tu as séduit le premier couple humain, Meschia et Meschiané ; et tu as répandu les ténèbres dans les cœurs, tu as poussé vers le ciel tes bataillons.

J’avais les miens, le peuple des étoiles ; et je contemplais au-dessous de mon trône tous les astres échelonnés.

Mithra, mon fils, habitait un lieu inaccessible. Il y recevait les âmes, les en faisait sortir, et se levait chaque matin pour épandre sa richesse.

La splendeur du firmament était reflétée par la terre. Le feu brillait sur les montagnes, — image de l’autre feu dont j’avais créé tous les êtres. Pour le garantir des souillures, on ne brûlait pas les morts. Le bec des oiseaux les emportait vers le ciel.

J’avais réglé les pâturages, les labours, le bois du sacrifice, la forme des coupes, les paroles qu’il faut dire dans l’insomnie ; — et mes prêtres étaient continuellement en prières, afin que l’hommage eût l’éternité du dieu. On se purifiait avec de l’eau, on offrait des pains sur les autels, on confessait à haute voix ses crimes.

Homa se donnait à boire aux hommes, pour leur communiquer sa force.

Pendant que les génies du ciel combattaient les démons, les enfants d’Iran poursuivaient les serpents. Le roi, qu’une cour innombrable servait à genoux, figurait ma personne, portait ma coiffure. Ses jardins avaient la magnificence d’une