Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/137

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


L’Archi-Galle
continue :

Elle aime le retentissement des tympanons, le trépignement des pieds, le hurlement des loups, les montagnes sonores et les gorges profondes, la fleur de l’amandier, la grenade et les figues vertes, la danse qui tourne, les flûtes qui ronflent, la sève sucrée, la larme salée, — du sang ! À toi ! à toi, mère des montagnes !

Ils se flagellent avec leurs fouets, et les coups résonnent sur leur poitrine ; la peau des tambourins vibre à éclater. Ils prennent leurs couteaux, se tailladent le bras.

Elle est triste ; soyons tristes ! C’est pour lui plaire qu’il faut souffrir ! Par là, vos péchés vous seront remis. Le sang lave tout ; jetez-en les gouttes, comme des fleurs ! Elle demande celui d’un autre — d’un pur !

L’archi-galle lève son couteau sur le mouton.
Antoine
pris d’horreur :

n’égorgez pas l’agneau !

Un flot de pourpre jaillit.
Le prêtre en asperge la foule ; et tous, — y compris Antoine et Hilarion, — rangés autour de l’arbre qui brûle, observent en silence les dernières palpitations de la victime.
Du milieu des prêtres sort une femme, — exactement pareille à l’image enfermée dans la petite boîte.
Elle s’arrête, en apercevant un jeune homme coiffé d’un bonnet phrygien.
Ses cuisses sont revêtues d’un pantalon étroit, ouvert