Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/154

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Mars
tête nue, ensanglanté :

d’abord j’ai combattu seul, provoquant par des injures toute une armée, indifférent aux patries et pour le plaisir du carnage.

Puis, j’ai eu des compagnons. Ils marchaient au son des flûtes, en bon ordre, d’un pas égal, respirant par-dessus leurs boucliers, l’aigrette haute, la lance oblique. On se jetait dans la bataille avec de grands cris d’aigle. La guerre était joyeuse comme un festin. Trois cents hommes s’opposèrent à toute l’Asie.

Mais ils reviennent, les barbares ! et par myriades, par millions ! Puisque le nombre, les machines et la ruse sont plus forts, mieux vaut finir comme un brave !

Il se tue.
Vulcain
essuyant avec une éponge ses membres en sueur :

Le monde se refroidit. Il faut chauffer les sources, les volcans et les fleuves qui roulent des métaux sous la terre ! — Battez plus dur ! à pleins bras ! De toutes vos forces !

Les Cabires se blessent avec leurs marteaux, s’aveuglent avec les étincelles, et, marchant à tâtons, s’égarent dans l’ombre.
Cérès
debout dans son char qui est emporté par des roues ayant des ailes à leur moyeu :

Arrête ! arrête !

On avait bien raison d’exclure les étrangers, les athées, les épicuriens et les chrétiens ! Le mystère