Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/155

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de la corbeille est dévoilé, le sanctuaire profané, tout est perdu !

Elle descend sur une pente rapide, — désespérée ; criant, s’arrachant les cheveux,

Ah ! mensonge ! Daïra ne m’est pas rendue ! L’airain m’appelle vers les morts. C’est un autre tartare ! On n’en revient pas. Horreur !

L’abîme l’engouffre.
Bacchus
riant, frénétiquement :

Qu’importe ! la femme de l’archonte est mon épouse ! La loi même tombe en ivresse. À moi le chant nouveau et les formes multiples !

Le feu qui dévora ma mère coule dans mes veines. Qu’il brûle plus fort, dussé-je périr !

Mâle et femelle, bon pour tous, je me livre à vous, bacchantes ! Je me livre à vous, bacchants ! et la vigne s’enroulera au tronc des arbres ! Hurlez, dansez, tordez-vous ! Déliez le tigre et l’esclave ! à dents féroces, mordez la chair !

Et Pan, Silène, les Satyres, les Bacchantes, les Mimallonéïdes et les Ménades, avec leurs serpents, leurs flambeaux, leurs masques noirs, se jettent des fleurs, découvrent un phallus, le baisent, — secouent les tympanons, frappent leurs tyrses, se lapident avec des coquillages, croquent des raisins, étranglent un bouc, et déchirent Bacchus.
Apollon
fouettant ses coursiers, et dont les cheveux blanchis s’envolent :

j’ai laissé derrière moi Délos la pierreuse, telle-