Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/173

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LE DIABLE
s’arrête ; et en le balançant mollement :

Le néant n’est pas ! le vide n’est pas ! Partout il y a des corps qui se meuvent sur le fond immuable de l’étendue ; et comme si elle était bornée par quelque chose, ce ne serait plus l’étendue, mais un corps, elle n’a pas de limites !

Antoine
béant :

Pas de limites !

LE DIABLE.

Monte dans le ciel toujours et toujours ; jamais tu n’atteindras le sommet ! Descends au-dessous de la terre pendant des milliards de milliards de siècles, jamais tu n’arriveras au fond, — puisqu’il n’y a pas de fond, pas de sommet, ni haut, ni bas, aucun terme ; et l’étendue se trouve comprise dans Dieu qui n’est point une portion de l’espace, telle ou telle grandeur, mais l’immensité !

Antoine
lentement :

La matière… alors… ferait partie de Dieu ?

LE DIABLE.

Pourquoi non ? Peux-tu savoir où il finit ?

Antoine.

Je me prosterne au contraire, je m’écrase, devant sa puissance !