Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/178

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VII


Antoine
se retrouve étendu sur le dos, au bord de la falaise.
Le ciel commence à blanchir.

Est-ce la clarté de l’aube, ou bien un reflet de la lune ?

Il tâche de se soulever, puis retombe ; et en claquant des dents :

J’éprouve une fatigue… comme si tous mes os étaient brisés !

Pourquoi ?

Ah ! c’est le diable ! je me souviens ; — et même il me redisait tout ce que j’ai appris chez le vieux Didyme des opinions de Xénophane, d’Héraclite, de Mélisse, d’Anaxagore, sur l’infini, la création, l’impossibilité de rien connaître !

Et j’avais cru pouvoir m’unir à Dieu !

Riant amèrement :

Ah ! démence ! démence ! Est-ce ma faute ? La prière m’est intolérable ! J’ai le cœur plus sec qu’un rocher ! Autrefois il débordait d’amour !…

Le sable, le matin, fumait à l’horizon comme