Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/181

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Elle
reprend :

Mais le roi Saül s’est tué ! Razias, un juste, s’est tué ! Sainte Pélagie d’Antioche s’est tuée ! Dommine D’Alep et ses deux filles, trois autres saintes, se sont tuées ; — et rappelle-toi tous les confesseurs qui couraient au-devant des bourreaux, par impatience de la mort. Afin d’en jouir plus vite, les vierges de Milet s’étranglaient avec leurs cordons. Le philosophe Hégésias, à Syracuse, la prêchait si bien qu’on désertait les lupanars pour s’aller pendre dans les champs. Les patriciens de Rome se la procurent comme débauche.

Antoine.

Oui, c’est un amour qui est fort ! Beaucoup d’anachorètes y succombent.

La Vieille.

Faire une chose qui vous égale à Dieu, pense donc ! Il t’a créé, tu vas détruire son œuvre, toi, par ton courage, librement ! La jouissance d’Érostrate n’était pas supérieure. Et puis, ton corps s’est assez moqué de ton âme pour que tu t’en venges à la fin. Tu ne souffriras pas. Ce sera vite terminé. Que crains-tu ? Un large trou noir ! Il est vide, peut-être ?

Antoine écoute sans répondre ; — et de l’autre côté paraît :
Une Autre Femme
jeune et belle, merveilleusement. — il la prend d’abord pour Ammonaria.