Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/184

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cheveux, une chauve-souris fait des cercles dans l’air.
La jeune est devenue plus grasse. Sa robe chatoie, ses narines battent, ses yeux roulent moelleusement.
La Première
dit, en ouvrant les bras :

Viens, je suis la consolation, le repos, l’oubli, l’éternelle sérénité !

et
La Seconde
en offrant ses seins :

Je suis l’endormeuse, la joie, la vie, le bonheur inépuisable !

Antoine tourne les talons pour s’enfuir. Chacune lui met la main sur l’épaule.
Le linceul s’écarte, et découvre le squelette de la mort.
La robe se fend et laisse voir le corps entier de la luxure, qui a la taille mince avec la croupe énorme et de grands cheveux ondés s’envolant par le bout.
Antoine reste immobile entre les deux, les considérant.
LA MORT
lui dit :

Tout de suite ou tout à l’heure, qu’importe ! Tu m’appartiens, comme les soleils, les peuples, les villes, les rois, la neige des monts, l’herbe des champs. Je vole plus haut que l’épervier, je cours plus vite que la gazelle, j’atteins même l’espérance, j’ai vaincu le fils de Dieu !

La Luxure.

Ne résiste pas ; je suis l’omnipotente ! les forêts