Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/188

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La Chimère.

Non, jamais !

Le Sphinx.

Ne cours pas si vite, ne vole pas si haut, n’aboie pas si fort !

La Chimère.

Ne m’appelle plus, ne m’appelle plus, puisque tu restes toujours muet !

Le Sphinx.

Cesse de me jeter tes flammes au visage et de pousser tes hurlements dans mon oreille ; tu ne fondras pas mon granit !

La Chimère.

Tu ne me saisiras pas, sphinx terrible !

Le Sphinx.

Pour demeurer avec moi, tu es trop folle !

La Chimère.

Pour me suivre, tu es trop lourd !

Le Sphinx.

Où vas-tu donc, que tu cours si vite ?

La Chimère.

Je galope dans les corridors du labyrinthe, je plane sur les monts, je rase les flots, je jappe au fond des précipices, je m’accroche par la gueule