Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/293

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ANTOINE.

Pourquoi donc ? Damis. Je n’étais pas le maître, moi ; à peine si l’on me regardait ; aussi je restais seul tout le temps à me promener par la ville, je m’informais des usages, du prix des denrées, de tout ce qui pouvait m’intéresser ; je visitais les fabriques d’étoffes, les ateliers des graveurs ; j’examinais les machines hydrauliques pour porter l’eau dans les jardins, mais il m’ennuyait d’être séparé du maître. Apollonius. Au bout d’un an et huit mois Antoine tressaille. … nous sortîmes de Babylone et nous prîmes la route des Indes. Un soir, voyageant dans le Caucase par un beau clair de lune, nous vîmes venir devant nous une empuse au pied de fer. Damis. Oui-da ! Elle sautait sur ses sabots, elle hennissait comme un âne, elle courait dans les rochers avec un brui de tonnerre ; mais il lui dit des injures, et elle s’en alla.

ANTOINE

à part. étrange ! Mais où veulent-ils en venir ? Apollonius. En traversant le Caucase, des hommes accoururent à nous en poussant des cris de joie, et nous offrirent du miel avec du vin fait de jus de dattes ; je mangeais le miel, Damis prit le vin. Assis sur l’herbe, près d’une fontaine, il m’invita à boire la coupe de Jupiter sauveur ; je refusai, mais je lui permis de boire. Damis. Et j’en fus bien aise, j’étais si fatigué ! Mais vous, maître, je ne sais comment vous pouvez vivre à ne boire jamais de vin, et à ne manger jamais de viande.