Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/307

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Apollonius tirant de dessous sa tunique une petite rondelle de cuivre et la présentant à saint Antoine. Veux-tu le xéneston infaillible ? Tiens ! Prends-le, le voici ! … prends-le donc ! Je l’ai composé pour toi sous le signe du scorpion ; avec lui tu pourras descendre dans les volcans, traverser le feu, voler dans l’air.

ANTOINE.

H ! Qu’ils me font mal ! Qu’ils me font mal ! Damis. Il peut t’apprendre à entendre le langage des créatures, les rugissements, les hennissements, les roucoulements. Apollonius. Désires-tu savoir ce qu’implorent les oiseaux quand ils crient dans les nuages ? Ce que disent les moucherons bourdonnant dans la poussière ? Ce que bêlent les troupeaux qui se tassent aux épaules ? à quoi songent les boeufs tranquilles ruminant, couchés sur l’herbe ? Pourquoi glissent rapides et muets les poissons luisants, dont l’oeil rond est ouvert ? Et les mélancolies des tigres qui bâillent au bord des fleuves ? Damis. Il sait aussi des chansons qui font venir à soi celui qu’on désire. Apollonius. Car j’ai retrouvé, j’en suis sûr, le secret perdu de Tirésias. C’est en mangeant le coeur d’un dragon que l’on peut comprendre le langage des bêtes à pied fourchu, j’ai appris des arabes celui des vautours et des ibis, et j’ai lu dans les grottes de Strompharabarnax la manière d’épouvanter le rhinocéros et d’endormir les crocodiles. Damis. Quand nous allions ensemble, nous entendions à travers les lianes courir les licornes blanches ; elles se couchaient sur le vente pour qu’il montât sur elles.