Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/365

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La Science. Il descendait de Rahab la paillarde, de Bethsabé l’adultère, de Thamar l’incestueuse. La Luxure. Les soirs d’été, dans les bois, les vierges dansent en rond, en se tenant la main. La Logique. De quel péché s’est-il lavé dans le fleuve ? Pourquoi avait-il besoin du baptême ? Pourquoi repoussait-il sa mère ? Pourquoi avait-il peur de mourir ?

ANTOINE

aux vertus. Vous pâlissez. Le Diable. Elles succombent. Les péchés enjambent par-dessus les brèches. Les Vertus tremblantes. Quoi ! Les démons viennent jusqu’à nous ! Le Diable. Où étiez-vous, répondez donc, quand aux secousses de l’aquilon la croix tremblait sur le calvaire et que le Christ mourant râlait dans la tourmente ? Comme une tunique usée que l’on déchire de haut en bas, son âme se fendait et flottait dans le vent, avec ses cheveux sanglants qui fouettaient son front livide ; il écoutait glapir le corbeau, qui de ses ailes faisait des cercles noirs autour de lui, et, à ses pieds, les femmes en pleurs qui sanglotaient. C’est qu’il n’avait plus les fstins pacifiques pleins de rayonnements et de douceurs, ni les foules palpitantes qui pour entendre sa voix s’échelonnaient sur les collines, ni les vastes campagnes où il allait levant la main quand il marchait au bord des sillons avec ses disciples qui le suivaient ; il eût voulu défaire ses membres des clous qui les attachaient, et retirer la couronne d’épines qui lui entrait dans les oreilles, mais, roulant sur ses épaules sa tête endolorie, il sentait son oeuvre achevée et la mort venir.