Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/380

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Un sentier battu serpente sur la lande. Une femme vient s’asseoir au bord ; pour mieux voir elle met sa main ouverte devant ses yeux, et elle regarde en silence, comme si elle attendait quelqu’un. Ses yeux noirs brillent dans la fente de son voile blanc ; il passe à plusieurs tours sur la figure, et écarte de sa tête ses gros anneaux d’or, en lui relevant le bout des oreilles. Le vent des montagnes, qui fait frissonner là-bas les longues toisons des brebis et lève en tourbillons la poussière grise du chemin, colle sur elle sa robe d’été ; la forme de son corps saillit à travers le tissu mince, qui est de couleur jaune. Par le sentier un homme s’avance, c’est un pasteur vêtu d’un manteau blanc que fixe autour de sa tête un cercle d’airain ; il porte un bâton recourbé et marche dans des sandales de peau de bouc qui amortissent le bruit de ses pas. Il la regarde, ils se regardent, l’homme sourit, la femme soupire. Il s’approche d’elle, ils sont face à face, ils chuchotent à voix basse. Antoine n’entend pas ce qu’ils se disent. L’homme retire de son doigt une bague d’argent et la donne à la femme voilée, avec le cercle d’airain qui est sur sa tête, ainsi que son bâton recourbé ; elle passe la bague à son doigt, le cercle à son bras et prend le bâton. " tout de suite, si tu veux " , dit-elle. Le Pasteur répond : mais où ? La Femme Voilée. Là, par terre ! Le Pasteur. Plus loin ! Les crottes de bouc abîmeraient ta belle robe. Ils s’écartent. La Femme. Tiens ! Ici. Le Pasteur. On nous verrait. La Femme. Dépêche-toi donc ! Vite, vite !