Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/379

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La Courtisane se promenant de long en large, entre les colonnes, la tête baissée, les bras ballants. Hélas ! Hélas ! Il faut partir ! Adieu les longues causeries de l’atelier avec les bons sculpteurs, au bruit des ciseaux de fer qui sonnaient sur les marbres de Paros ! Le maître, nu-bras, pétrissait la brune argile ; du haut de l’escabeau où je posais debout, je voyais son vaste front se plisser d’inquiétude ; il cherchait sur mon corps la forme conçue, et il s’épouvantait en l’y découvrant tout à coup plus splendide même que l’idéal ; et moi, je riais à voir l’art se désespérer à cause du dessin de ma rotule et des fossettes de mon dos. Le faux Antoine pousse la porte. Lampito se jetant sur Démonassa. Maîtresse ! Maîtresse ! C’est l’étranger qui m’avait dit de n’en rien dire ! La vision disparaît.

ANTOINE

se réveille, râlant. Hah ! La scène change. Le Diable. à d’autres maintenant ! Une lande déserte au soleil couchant. Le sol uni, tout brun, moucheté de place en place par les bouquets vert pâle des aloès, va montant doucement jusqu’à des collines qui pressent leurs dos bombés, et l’on voit à l’horizon, tout au fond, très loin, des montagnes dont la base est déjà perdue dans l’ombre, tandis que leurs pics aigus se dressent en bleu dans de grands ciels violets. Il y a des tentes sur les collines, avec des troupeaux de moutons noirs ; on entend dans l’éloignement crier les pasteurs. Es nappes d’une lumière dorée se versent sur l’herbe jaune, entre les plis sombres du terrain plat ; dans les rayons du soleil horizontal, des cercles irisés tournoient, s’abaissent, rasent le so, puis disparaissent.