Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/389

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de guerre et une belle barbe… tiens, regarde ! Je t’ai apporté mes petits cadeaux de noces ; choisis, prends ce que tu veux. Elle se promène entre les rangées d’esclaves et de marchandises ; sur un signe de sa main les esclaves exhibent ce qu’elle indique. Voici du baume de Génézareth, de l’encens du cap Gardefan, du ladanon, du cinnamome et du silphium bon à mettre dans les sauces ; cette racine en paquets est le malobathre de limyrica, que les peuples jaunes ont coutume de mâcher pour se rafraîchir la bouche ; il y a là dedans des broderies d’Assur, du lin d’égypte, de la pourpre des îles d’élisa ; et cette boîte de bronze remplie de neige contient une outre de chalibon, vin réservé pour les rois d’Assyrie et qui se boit pur dans une corne de licorne. Ces plaques d’or ovales, c’est pour mettre aux oreilles des éléphants ; ces carcans d’argent, c’est pour attacher aux pieds des chevaux quand on les laisse paître dans les prairies… voilà des colliers de chien de Nisibis, avec des agrafes de Carthage, des housses de Dan et des filets à pêcher, de la poudre d’or de Baasa, du cassiteros de Tartessus, du bois bleu de Pandio, des fourrures blanches d’Issedonie, des escarboucles de l’île Palaesimonde, et des cure-dents faits avec les poils du tachas, animal perdu qui se trouve sous la terre. Ces coussins pour s’asseoir viennent du pays d’émath, et ces franges à manteau, de Palmyre, capitale du désert ; ce tapis en laine fine de Babylone représente l’engendrement d’Orion, avec les dieux agenouillés sur la peau de boeuf et s’occupant, de la main, à fabriquer leur fils ; ce tissu mince, qui craque au toucher avec un bruit d’étincelles, est la fameuse toile jaune apportée par des marchands de la Bactriane, qui ne veulent pas dire la route qu’ils prennent ; on sait seulement qu’il leur faut quarante-trois interprètes dans leur voyage ; ils partent jeunes et ils reviennent vieux : je t’en ferai faire des robes pour porter à la maison. Défaites les crochets de cet étui en sycomore, et apportez-moi la petite cassette d’ivoire qui est au garrot de mon éléphant. On retire d’une boîte quelque chose de rond recouvert d’une peau, et on apporte à la reine un petit coffret ciselé. Veux-tu voir le bouclier de Gian-Ben-Gian, celui qui a bâti les pyramides ? Le voilà ! Il est composé de sept peaux de dragon mises l’une sur l’autre, serrées avec des pointes de diamant, et qui avaient été tannées dans de la bile de parricide ; il représente d’un côté toutes les guerres qui ont eu lieu depuis l’invention des armes, et de l’autre, toutes les guerres qui auront lieu jusqu’à la fin du monde ; la foudre dessus rebondit comme un caillou. Si tu es brave, tu le passeras à ton bras et tu le porteras à la chasse. Mais si tu savais ce que je porte dans ma petite boîte ! Tu la