Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/412

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ANTOINE.

Je n’en puis plus, je ne vois plus rien, tout disparaît, s’efface, oh ! Il s’évanouit à moitié. Les ténèbres partout ! Un grand souffle seulement qui me pousse… qui me pousse ! … assez ! Assez ! Le Diable. Attends, ta douleur va finir ; nous avons passé les régions moyennes, ne sens-tu pas un autre air qui t’arrive ? Et voilà toutes les étoiles qui paraissent plus grandes que jamais tu ne les as vues.

ANTOINE

rouvrant les yeux. Tiens ? En effet, comment ? Le Diable. N’est-ce pas que tu es mieux déjà, que tu vis plus à l’aise ?

ANTOINE.

Oui, oui quelles clartés ! Les astres palpitent comme des yeux, il me semble qu’ils me regardent, le ciel est doux, la sérénité de l’éther pénètre mon coeur apaisé. Le Diable montant. Tu ne voudrais plus redescendre peut-être ; regarde, contemple, plus de terre, plus de mer !

ANTOINE.

Oh ! Comme c’est beau ! Come c’est grand ! Comme j’y vois loin ! Le Diable. Naguère ta vue s’arrêtait aux collines et ta pensée, comme elle, s’agitait dans un cercle restreint ; elle y tournait, s’y perdait, et s’affaissait épuisée sans plus vouloir avancer, comme un chameau