Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/414

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telles que des flocons de neige, les étoiles tombent sans bruit. Le Diable. Plus loin, tout là-bas, au delà des étoiles qui ont des noms, aperçois-tu une matière lumineuse, d’où sortent incessamment tous les soleils ?

ANTOINE.

Oui, je la vois, il s’en détache des parcelles qui se mettent à tourner. Oh ! Ma prunelle s’inonde, tout est lumière, je marche dans les clartés ! Le Diable. Roulons-nous dedans, comme des poulains sur l’herbe ; diffuse-toi, répands-toi, étae-toi. Comme élie qui se ratatinait sur le corps de l’enfant mort, aspire le souffle caché qui gît au sein des choses.

ANTOINE.

Je vois s’élargir des cercles, j’entends le ronflement des sphères. Le Diable. Sans nombre et sans fin, jaillissant toujours, les âmes, par des fulgurations incessantes, ruissellent de la grande âme ; sorties d’elle, elles gravitent autour, dans leurs zones assignées, avec quelque chose qui les pousse à en sortir, quelque chose qui les en empêche, et cela fait qu’elles dessinent sans dévier leur parabole éternelle ; les unes vont éclairer des parties ténébreuses, d’autres remontent à leur foyer, d’autres scintillent en place ; elles brillent, se cachent, se succèdent, changentde région dans l’infini, mais ne meurent jamais. Passe un aérolithe. Antoine, effrayé, pousse un cri. Ah ! Ce globe de feu va m’écraser ! Qu’est-ce donc ? Le Diable. C’est un morceau qui tombe de la tête de Cynosure.

ANTOINE.

Pourquoi donc ? Où va-t-il ?