Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/415

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Le Diable. S’il est assez fort pour se dégager des attractions qui le sollicitent, il s’arrêtera, ira prendre son mouvement et devenir à son tour le centre d’un sytème ; à lui s’agrégeront toutes les parties ressemblantes disséminées dans l’espace et qui s’en désuniront plus tard pour former d’autres mondes.

ANTOINE.

Pourquoi les planètes peuvent-elles se détacher ainsi, et point les âmes ? Le Diable. Qui sait ?

ANTOINE.

Mais non, car je sens toujours la mienne qui ne quitte pas Dieu. Le Diable. Ah ! Comme l’aérolithe flamboyant qui passait tout à l’heure, si dans un effort suprême, elle se dégageait de ce qui la retient, qu’elle pût sortir aussi de l’attraction qui la retient et continuer droit son mouvement, s’enflamant de plus en plus au courant de sa course, elle deviendrait peut-être le principe d’un ordre nouveau, le noyau d’un monde. Ils montent, le diable reprend : cette poussière lumineuse qui s’étale par grandes traînées d’or, ce sont des portions d’astres vieillis, qui achèvent de s’évaporer dans l’espace ; chaque atome que tu vois a été partie d’un soleil.

ANTOINE.

Les soleils s’usent donc ? Le Diable. Les soleils, mais pas la lumière qui est en eux. La substance dure, chaque parcelle s’est désunie de l’unité pour devenir unité ; seulement la forme qui les rassemblait s’est reportée ailleurs. à la dissolution de l’homme, quand se défait l’assemblage momentané qui constituait sa personne, tous les éléments qui le composaient repartent en liberté vers leur patrie première. Alors des mondes