Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/430

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La Mort. Oui ! Et sans rêver même ! Tu ne penseras rien, tu ne sentiras rien, tu ne seras plus rien. Elle incline le menton sur la clavicule droite, et dardant le jet noir de ses orbites sans yeux, de la main gauche, avec le pouce et l’index, elle prend son linceul par le bord et le lève au bout de son bras, l’étendant ainsi dans sa largeur entière.

ANTOINE.

Oh ! Tu n’as pas besoin de faire la jolie, je t’ai tant méditée, je t’ai rêvée si longtemps que je te connais. La Mort. Personne ne me connaît.

ANTOINE.

Pourquoi viens-tu donc ? La Mort. Pour te prendre.

ANTOINE.

Pour me prendre ? … est-ce que c’est l’heure ? La Mort. Oui, c’est l’heure, c’est toujours l’heure. Se rapprochant plus près, elle lui tend la main comme pour l’aider à se lever ; acroupi, il se tasse contre le mur et la contemple. Ce sera fait bien vite ; allons !

ANTOINE

à lui-même. En effet ! Pourquoi pas ? La Mort. Donne-moi la main. Antoine hésite.