Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/439

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déplaît, donc ça ne peut être. Vinne donc la mort, nous ne la craignons plus, la meilleure partie de nous lui étant inaccessible ; soignons cependant nos chères personnes, gardons-nous du péril et buvons de la tisane, ça ne peut pas nuire. " on s’enferme chez soi, on se dit : " oui, sans doute, elle viendra ; mais plus tard… dans longtemps, oh ! Bien longtemps d’ici. J’ai tant de choses à faire ! Je voudrais néanmoins savoir au juste l’heure, car dans le fond ça m’inquiète un peu. Bah ! N’y pensons point, ça vaut mieux. " hah ! Hah ! Hah ! La mort rit en se tenant les flancs. La Luxure. Cette luxure, disent-ils, ah ! Fi donc ! N’est-il pas au monde de plaisirs plus relevés ? Elle ne domine que les faibles, ce n’est pas moi qu’elle attaquera, j’ai tant de principes ! Ni ma fille, elle est si jeune ! Ni mon fils non plus, je l’élève trop bien ! Prenons néanmoins des précautions, séparons les sexes, voilons les nudités, expurgeons les livres, évitons les termes crus, garnissons de règlements la société en péril. Hah ! Hah ! Hah ! La luxure rit beaucoup. La Mort. Le roi est sur son trône, il voit de là ses chambellans dans les antichambres, sous ses fenêtres ses bataillons rangés, plus loin dans le port sa flotte à l’ancre. Qu’a donc le roi ? Il frémit sous son manteau : " souffrez-vous, ô majesté ! -oui, beaucoup, j’ai mal au ventre. " comme il pâlit ! Comme il pâlit ! Son teint devient tout vert, il roule sur les degrés, il commence à perdre la tête. Vite un lavement, un emplâtre, quelque chose ! Qu’on aille chercher tous les magiciens, qu’on lui donne à boire du sang d’enfant, et que l’on fasse des voeux publics ! Et il est emporté dans mes bras au milieu de toute sa cour. Buvons, divertissons-nous, chantons la gaillardise, la fillette et le bon vin, braillent les libertins facétieux qui dînent au cabaret ; on déguste les ragoûts, on vide les flacons, on répète les couplets. D’un coup de pied s’ouvre la porte à deux battants, et les buveurs surpris tombent la tête dans leur assiette. Monseigneur l’évêque ne rit pas du tout quand il me voit ; oubliant aussitôt les âmes de son dioc 7 se ! Il ne prie plus ! D 7 s lors ! Que pour la sant 2 de lui-même. " il faut, mon bel ami, laisser là le manteau violet, la crosse recourbée avec la mitre d’or. -j’aimais pourtant à prêcher dans les cathédrales, à visiter sur une mule les grasses abbayes, et je faisais aux conciles une imposante figure ! -tu ne prêcheras personne, tu ne visiteras