Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/44

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Hilarion.

Cela n’est peut-être pas si difficile. Les exhortations des amis, le plaisir d’insulter le peuple, le serment qu’on a fait, un certain vertige, mille circonstances les aident.

Antoine s’éloigne d’Hilarion. Hilarion le suit.

D’ailleurs, cette manière de mourir amène de grands désordres. Denys, Cyprien et Grégoire s’y sont soustraits. Pierre d’Alexandrie l’a blâmée, et le concile d’Elvire…

Antoine
se bouche les oreilles.

Je n’écoute plus !

Hilarion
élevant la voix :

Voilà que tu retombes dans ton péché d’habitude, la paresse. L’ignorance est l’écume de l’orgueil. On dit : « Ma conviction est faite, pourquoi discuter ? » et on méprise les docteurs, les philosophes, la tradition, et jusqu’au texte de la loi qu’on ignore. Crois-tu tenir la sagesse dans ta main ?

Antoine.

Je l’entends toujours ! Ses paroles bruyantes emplissent ma tête.

Hilarion.

Les efforts pour comprendre Dieu sont supérieurs à tes mortifications pour le fléchir. Nous