Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/45

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n’avons de mérite que par notre soif du vrai. La religion seule n’explique pas tout ; et la solution des problèmes que tu méconnais peut la rendre plus inattaquable et plus haute. Donc il faut, pour son salut, communiquer avec ses frères, — ou bien l’église, l’assemblée des fidèles, ne serait qu’un mot, — et écouter toutes les raisons, ne dédaigner rien, ni personne. Le sorcier Balaam, le poète Eschyle et la sibylle de Cumes avaient annoncé le sauveur. Denys L’Alexandrin reçut du ciel l’ordre de lire tous les livres. Saint Clément nous ordonne la culture des lettres grecques. Hermas a été converti par l’illusion d’une femme qu’il avait aimée.

Antoine.

Quel air d’autorité ! Il me semble que tu grandis…

En effet, la taille d’Hilarion s’est progressivement élevée ; et Antoine, pour ne plus le voir, ferme les yeux.
Hilarion.

Rassure-toi, bon ermite !

Asseyons-nous là, sur cette grosse pierre, — comme autrefois, quant à la première lueur du jour je te saluais, en t’appelant « claire étoile du matin » ; et tu commençais de suite mes instructions. Elles ne sont pas finies. La lune nous éclaire suffisamment. Je t’écoute.

Il a tiré un calame de sa ceinture ; et, par terre, jambes croisées, avec son rouleau de papyrus à la main, il lève la tête vers saint Antoine, qui, assis près de lui, reste le front penché.