Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/472

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plages sa croupe de poisson écaillée. Voilà Brimo, qui roule dans les ténèbres ses yeux verts comme ceux des chats sauvages ; voilà le vieil Oannès, qui porte sur le front une corne de narval ; voilà Ilythia couverte de ses voiles transparents sous lesquels elle semble dormir ; voilà Moloch furieux, crachant des flammes par la bouche, et dont le ventre, bourré d’hommes, hurle comme une forêt incendiée. La Mort riant, tout en continuant à chasser les dieux. Ah ! Ah ! Ah ! Regarde donc, il a si chaud sous son feu qu’il se fond lui-même. Le Diable. Voilà la Sosipolis d’élée ! Voilà les dieux cathares de Pallantium ! Voilà Vulcain, patron des forgerons, qui faisait de si beaux filets pour surprendre les amants ! Voilà le bon dieu Mercure avec son pétase pour la pluie et ses bottes de voage ! La Mort le frappant. Voyage ! Voyage ! Le Diable. Celle qui porte autour de ses flancs une ceinture de chiens, c’est Hécate à la triple figure, qui aboyait dans les carrefours au sifflement des vents nocturnes quand, secouée par l’incantation des magiciennes, la lune au front malade se roulait sur les nuages bruns. La Mort. Ah ! Ah ! Ah ! Le Diable. Vois-tu la paresseuse Hursida, grattant au soleil les poux de sa tête, et, debout près d’elle, Orthia la sanguinaire, qui faisait fouetter les garçons de Sparte ? Puis les déesses Potniades, à qui l’on sacrifiait des cochons de lait ! Le Cochon dans son coin. Horreur ! Horreur !