Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/492

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monde. Alors le rêve du mal s’épanouira comme une fleur de ténèbres, plus large que le soleil ; il y aura des enivrements de l’orgueil si âcres et si longs, et des joies de la luxure si frénétiques, et des miasmes du néant si renversants, que les anges arracheront leurs ailes, le saint regrettera sa vertu, le martyr maudira son supplice, les élus du paradis pousseront des huées de colère autour du trône de Jésus-Christ. On le désertera dans son ciel ; comme le Nil débordé, l’enfer s’étalera sur le monde et le nom du bien disparaîtra de sa surface. Le diable frappant du pied. Mais tu es à moi ! Tu es à moi ! Dis-le donc ! Avoue-le ! Dis-le ! Dis-le ! Antoine continue à prier, le diable se mord les lèvres, les échés sont là, rangées en cercle, le jour est venu. Les péchés ont leurs figures livides et toutes couvertes de sueur. L’orgueil, la tête basse, s’enfonce dans son manteau ; la colère reste immobile, l’envie ferme les yeux, toutes les filles du diable sont consternées. Cependant il déploie sa grande aile, et la faisant tourner rapidement comme une fronde, il en frôle les lèvres des péchés, qui se remettent à s’agiter ; elles se ruent pêle-mêle autour de l’ermite et, hurlant horriblement toutes ensemble, chacune avec sa voix diverse l’appelle tant qu’elle peut. La Luxure. Antoine ! L’Orgueil. Antoine ! La Colère. Antoine ! L’envie. Antoine ! La Gourmandise. Antoine ! L’Avarice. Antoine !