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LA TENTATION


DE

SAINT ANTOINE[1].



PREMIERE PARTIE.

Le soir, sur une montagne. À l’horizon, le désert ; à droite, la cabane de saint Antoine, avec un banc près de la porte ; à gauche, une petite chapelle.
Une lampe y est accrochée au-dessus d’une image de la sainte vierge.
Devant la cabane, par terre, quelques corbeilles en feuilles de palmier.
Dans une crevasse de la roche, le cochon de l’ermite dort à l’ombre.

Antoine est seul, sur le banc, occupé à faire ses paniers. Il lève la tête et regarde le soleil.

ANTOINE.

Assez travaillé comme cela ! Prions !

Il se dirige vers la chapelle, puis il s’arrête.

Tout à l’heure, il sera temps ! Quand l’ombre de la croix aura atteint cette pierre, je commencerai mes oraisons.

Il se promène tout doucement de long en large, les bras pendants.

Le ciel pâlit, le gypaète tournoie, les palmiers frissonnent, la lune va se lever, et demain ? Le soleil reviendra ! Puis il se couchera et toujours ainsi ! Toujours !… moi, je me réveillerai, je

  1. Version de 1849-1856, publiée par M. Louis Bertrand sous le titre La première Tentation de saint Antoine. Paris, 1908, E. Fasquelle, éditeur.