Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/544

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ANTOINE

les considérant avec étonnement.

Ils ont l’air vague comme des ombres.

Apollonius.

Et nous continuâmes vers l’océan.

Nous avons rencontré sur le bord les cynocéphales gorgés de lait qui s’en revenaient de leur expédition dans l’île Taprobane. Avec eux était la vénus indienne, la femme noire et blanche, qui dansait toute nue au milieu des singes. Elle avait autour de la taille des tambourins d’ivoire, et elle riait d’une façon démesurée.

Les flots tièdes poussaient devant nous, sur le sable, des perles blondes ; l’ambre craquait sous nos pas ; des squelettes de baleines blanchissaient dans la crevasse des falaises, et de longs nids d’herbes vertes suspendus à leurs côtes se balançaient au vent.

La terre continuellement se rétrécissait, elle se fit à la fin plus étroite qu’une sandale. Nous nous arrêtâmes, et après avoir jeté vers le soleil des gouttes de la mer, nous tournâmes à droite pour revenir.

Nous sommes revenus par la région d’Argent, par le pays des Gangarides, par le promontoire Comaria, par la contrée des Sachalites, des Adramites et des Homérites ; puis, à travers les monts Cassaniens, la mer Rouge et l’île Topazos, nous avons pénétré en éthiopie, par le royaume des Pygmées.

ANTOINE

à part.

Comme la terre est grande !

Damis.

Et quand nous sommes rentrés chez nous, tous ceux que nous avions connus jadis étaient morts.

Antoine baisse la tête.

Apollonius reprend : alors on commença dans le monde à parler de moi. La peste ravageait éphèse : j’ai fait lapider un vieux mendiant…