Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/562

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La Gourmandise.

Me voilà pleine jusqu’à la gorge ! -la peau du ventre me crève. Mais j’ai toujours faim, j’ai toujours soif ! Imagine quelque chose qui soit en dehors des nourritures et même de la création !

L’Avarice.

J’ai pourtant ravagé la terre, percé les montagnes, égorgé les animaux, abattu les forêts et vendu tout ce qu’il y avait à vendre : le corps et l’âme, les pleurs et le rire, le baiser, l’idée ! Oh ! Si je pouvais attraper les rayons du soleil pour les fondre en pièces d’or !

La Colère.

Frotte-moi, ô père, avec un vinaigre distillé par la haine. Car je tombe de langueur au sourire de la luxure, ou bien aux séductions de l’avarice. Que je casse ! Que je broie ! Que je tue ! Il me semble que j’ai l’océan dans ma poitrine. Des fureurs s’y entrechoquent, et je frémis comme la falaise au battement des marées.

La Paresse bâillant.

Sur un mol édredon… au souffle d’une brise… en bateau… ne faisant rien… hâh… hâh !

Elle s’endort.

La Luxure.

Je voudrais, comme dans un gouffre qui n’en finirait, sentir que je descends continuellement dans la volupté… où est-elle, cette chose qu’il me semble poursuivre à travers la possession ? Car j’entrevois, au fond du plaisir, comme un vague soleil dont les rayons m’éblouissent et dont la chaleur m’enflamme.

Oh ! Si j’avais, pour palper, des mains sur tout mon corps, si j’avais pour baiser, des lèvres au bout des doigts !

LE DIABLE.

Ne criez pas si haut ! Travaillez toutes ensemble !

Aidez-moi !

Désignant saint Antoine.

Faites éclore en sa pensée des imaginations nouvelles, et il aura un désespoir atroce, des déchirements de convoitise, des rages d’ennui !

Qu’il passe des langueurs de la paresse dans