Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/57

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Cependant, l’effort de Sophia pour s’enfuir avait laissé dans le vide une image d’elle, une substance mauvaise, Acharamoth. Le sauveur en eut pitié, la délivra des passions ; et du sourire d’Acharamoth délivrée la lumière naquit ; ses larmes firent les eaux, sa tristesse engendra la matière noire.

D’Acharamoth sortit le démiurge, fabricateur des mondes, des cieux et du diable. Il habite bien plus bas que le plérôme, sans même l’apercevoir, tellement qu’il se croit le vrai dieu, et répète par la bouche de ses prophètes : « Il n’y a d’autre dieu que moi ! » puis il fit l’homme, et lui jeta dans l’âme la semence immatérielle, qui était l’église, reflet de l’autre église placée dans le plérôme.

Acharamoth, un jour, parvenant à la région la plus haute, se joindra au sauveur ; le feu caché dans le monde anéantira toute matière, se dévorera lui-même, et les hommes, devenus de purs esprits, épouseront des anges !

Origène.

Alors le démon sera vaincu, et le règne de Dieu commencera !

Antoine retient un cri ; et aussitôt
Basilide
le prenant par le coude :

L’Être suprême avec les émanations infinies s’appelle Abraxas, et le sauveur avec toutes ses vertus Kaulakau, autrement ligne-sur-ligne, rectitude-sur-rectitude.