Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/571

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ANTOINE

examinant.

Oui… en effet… l’orgueil, avec le serpent qu’il tient dans sa poitrine, frappe la foi au visage, et les vertus s’en vont sans que l’ermite s’en aperçoive.

L’Orgueil reprend : sors de ta chapelle ! Sors donc ! Hume l’air !

ANTOINE

dehors.

Comme la nuit est douce ! Comme le temps est pur !

Comme les étoiles scintillent !

Il se promène, les bras pendants. L’orgueil marche derrière lui dans son ombre.

Comment les autres hommes peuvent-ils pourvoir à leur salut avec leur femme, leur métier, tous les tracas de la vie ?… moi, grâce au ciel, rien ne me dérange. Je commence le matin par faire ma prière. Ensuite je donne à manger au cochon : cela m’amuse ; puis je balaie ma case, je prends mes paniers ; enfin arrive l’heure de l’oraison… on entend rire le diable.

J’ai été bien tourmenté tantôt… oui !… cruellement !… oh ! Je ne laisserai plus les mauvaises pensées revenir ! Je sais maintenant comme elles s’y prennent.

Son pied heurte quelque chose ; il le ramasse.

Tiens ! Une coupe en argent ! Il y a dedans une pièce d’or… quoi ? Une seconde ! Une autre !

Oh ! Oh ! Oh !

La coupe se remplit de pièces d’or.

Mais quelle couleur !… cela change ! .., c’est de l’émeraude ! Oh ! Oh !… et elle se fait toute transparente ! Lumineuse !… c’est du diamant !

Elle me brûle ! Ah !

Des rubis, des turquoises, des onyx, des perles et des topazes débordent de la coupe. Antoine lâche les mains. Elle se tient en l’air, et allongeant sa tige, s’épanouit par le haut comme un grand