Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/586

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C’était une nuit que le roi Salomon perdait la tête. Enfin, nous conclûmes un marché. Il se leva et, sortant à pas de loup… elle fait une pirouette.

Ah ! Ah ! Bel ermite ! Tu ne le sauras pas ! Tu ne le sauras pas !

Elle secoue son parasol, dont toutes les clochettes tintent.

J’ai bien d’autres choses encore, va ! J’ai des trésors enfermés dans des galeries où l’on se perd comme dans un bois. J’ai des palais d’été en treillage de roseaux et des palais d’hiver en marbre noir. Au milieu de lacs grands comme des mers, j’ai des îles rondes comme des pièces d’argent, toutes couvertes de nacre et dont les rivages font de la musique au battement des flots tièdes qui se roulent vers le sable. Les esclaves de mes cuisines prennent des oiseaux dans mes volières et pêchent le poisson dans mes viviers. J’ai des graveurs continuellement assis pour creuser mon portrait sur des pierres dures, des fondeurs haletants qui coulent mes statues, des parfumeurs qui mêlent le suc des plantes à des vinaigres et battent des pâtes. J’ai des couturières qui me coupent des étoffes, des orfèvres qui me travaillent des bijoux, des coiffeuses qui sont à me chercher des coiffures, et des peintres attentifs versant sur mes lambris des résines bouillantes qu’ils refroidissent avec des éventails.

J’ai des suivantes de quoi faire un harem, des eunuques de quoi faire une armée. J’ai des armées, j’ai des peuples ! J’ai dans mon vestibule une garde de nains portant sur le dos des trompes d’ivoire.

Antoine soupire.

J’ai des attelages de gazelles, des quadriges d’éléphants, des couples de chameaux par centaines, et des cavales à crinières si longues que leurs pieds y entrent quand elles galopent, et des troupeaux à cornes si larges que l’on abat les bois devant eux quand ils pâturent. J’ai des girafes qui se promènent dans mes jardins et avancent leur tête sur le bord de mon toit, quand je prends l’air après dîner.

Assise dans une coquille et traînée par des dauphins, je me promène dans les grottes, écoutant tomber l’eau des stalactites. Je vais au pays des diamants, où les magiciens, mes amis, me laissent choisir les plus beaux ; puis je remonte sur la terre et je rentre chez moi.

Elle allonge les lèvres, pousse un sifflement aigu, et un grand oiseau qui descend du ciel vient s’abattre sur le sommet de sa chevelure dont il fait tomber la poudre bleue. Son plumage de couleur orange semble composé d’écailles métalliques. Sa petite tête garnie d’une huppe d’argent représente un visage humain. Il a quatre