Page:Gustave Flaubert - La Tentation de Saint-Antoine.djvu/590

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Le Sphinx immobile et regardant la chimère.

Ici, Chimère ! Arrête-toi !

La Chimère.

Non ! Jamais !

Le Sphinx.

Ne cours pas si vite, ne vole pas si haut, n’aboie pas si fort.

La Chimère.

Ne m’appelle plus ! Ne m’appelle plus ! Puisque tu restes toujours muet, et que jamais tu ne te déranges de ta posture.

Le Sphinx.

Cesse donc de me jeter des flammes au visage et de pousser des hurlements dans mon oreille ! Car tu ne fondras pas mon granit, tu n’ouvriras pas mes lèvres.

Ni toi non plus, tu ne me saisiras pas, sphinx terrible, qui dardes sur l’horizon ton grand oeil éternel.

Le Sphinx.

Pour demeurer avec moi, tu es trop folle.

La Chimère.

Toi, pour me suivre, tu es trop lourd.

Le Sphinx.

Il y a longtemps que je vois au bout du désert glisser, dans la tempête, tes deux ailes déployées.

La Chimère.

Il y a longtemps que je galope sur les sables, et que je vois le soleil brunir ta figure sérieuse.